Wednesday, November 25, 2020

Thomas Housinger, contrastes et simplicité: sortir des sentiers battus.

 J’ai rencontré Thomas dans le cadre d’une rénovation complète d’un studio sur l’Ile St Louis, son professionnalisme m’a bluffé et m’a donné envie de vous faire découvrir son talent...

Crédit Photo Anthony Lanneretonne


Ayant grandi entre des esthètes férus d’Art contemporain et des photographes de Mode, avez-vous l’impression que cela a eu pour conséquence de vous orienter vers un métier créatif ?

 Je pense oui ! Pour avoir évolué dans un milieu ou l’art et l’architecture étaient très présents, j’ai dès mon plus jeune âge voulu me diriger vers ces deux domaines. Je crois avoir toujours été fasciné par la manière dont l’architecture peut influencer la manière dont nous appréhendons une ville, une rue, une maison ou un appartement. Notre ressenti et notre humeur varient énormément selon la manière dont les espaces sont pensés. C’est l’une des raisons qui m’a poussé à être architecte, l’influence et le rôle que l’on peut avoir sur la perception des gens.

Crédit Photo Anthony Lanneretonne

Le Sud, la Méditerranée

Comment définiriez-vous cette influence revendiquée sur votre sensibilité artistique ?

Vivre en bord de Mer ou d’Océan n’est jamais anodin. Quand vous regardez les différentes cultures maritimes, elles sont profondément influencées et marquées par cet élément si fort. Que ce soit la cuisine, le rythme de vie, l’architecture, l’art…

Ainsi, grandir au bord de la méditerranée, sur la côte d’azur, fut pour moi une véritable chance. Il y règne un climat idyllique envié par le monde entier. La côte est découpée par une lumière unique qui contraste sans cesse avec le bleu si reconnaissable de la baie des anges. Cette mer est un tableau en mouvement qui ne cesse d’évoluer. Le bleu, les bleus, de l’eau, le blanc calcaire des massifs, les ocres des façades, l’ombre des pins… L’influence est également chromatique. Ce n’est pas pour rien que les plus grands peintres se sont installés dans le sud. 

C’est aussi une région montagneuse par la présence des Alpes si proches. Une terre de contraste donc, entre mer et montagnes, ombres et lumières, et c’est ce contraste que j’aime exploiter dans mon travail.

J’aime également penser mes plans ou le mobilier que je dessine comme un tout, à la manière de la conception navale. Les plus beaux bateaux du monde croisent en méditerranée, ils m’ont toujours fasciné. La conception d’un bateau demande de l’ingéniosité et de la précision notamment dans l’optimisation des surfaces et des rangements. C’est ce qui m’intéresse et que j’essai de retranscrire dans mes projets.    


Crédit Photo Anthony Lanneretonne
 

Vocation/ Formation

Y a – t-il eu un élément déclencheur pour vous lancer dans le domaine de l’architecture?

Quel est votre parcours académique ?

Vous semblerait-il judicieux d’ouvrir une autre discipline aux études d’architecture ? Comme la peinture, la photo ?

Je n’ai pas le souvenir d’un élément marquant… Comme je l’évoquais plus tôt, cela s’est fait progressivement et ça a toujours été une évidence. Je sais que pour un collégien ou un lycéen l’orientation est parfois un parcours du combattant. Je m’estime chanceux de ne jamais avoir eu ce problème. Dès le début de mes années collège, je connaissais le parcours d’études supérieures qui m’intéressait. Après un BAC STI AA (Arts Appliquées), je suis parti à Marseille pour un BTS Design d’espace puis un DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués).

Concernant d’autres disciplines, j’ai toujours considéré que l’architecture réunissait l’ensemble des Arts Appliqués. Il faut savoir être photographe dans la conception des espaces, peintre dans le choix et l’application des couleurs, sculpteur dans la gestion des volumes et des formes… Cela dépend des formations et des enseignants, mais peu importe ce que l’on fait comme études artistiques, il faut pouvoir rester ouvert aux autres disciplines. L’art, la photo, l’architecture, le design forment un tout. Ils ne cessent de s’entremêler et de s’influencer les uns les autres.

Personnellement j’ai toujours eu une passion pour la photo que j’exerce à titre personnel.


Crédit Photo Anthony Lanneretonne

Challenge

A travers ce reportage photo : transformation totale d’un studio de 17m² vous avez démontré que vous pouviez relever le challenge de l’espace : less in more, et des impératifs techniques : quel a été le plus satisfaisant ?

C’est une bonne question… Le plus satisfaisant dans ce métier, c’est de voir ses plans devenir réalité lors d’un chantier. Loin de m’associer à Mies Van Der Rohe, ça a sans doute été de réussir à intégrer les fonctions indispensables d’un appartement dans une si petite surface.

Pouvoir, dans 17m2, avoir un toilette séparé, une cuisine, un table à manger, un dressing, une mini buanderie, une grande douche, un coin salle de bain et un vrai lit fut un véritable défi.

 

Crédit Photo Anthony Lanneretonne

Méthode/ Chantier 

Du devis au suivi de chantier, êtes-vous obsessionnel de la perfection ou savez-vous déléguer ?

Je dois avouer être plutôt obsessionnel et avoir du mal à déléguer. Mais il faut savoir le faire car un projet n’est pas l’œuvre d’un seul homme. C’est un travail d’équipe entre l’architecte, le client et l’artisan. Pour atteindre le résultat que j’attends, je multiplie les plans de détails afin d’être le plus précis dans mes attentes et de minimiser la marge d’erreur. Savoir déléguer est donc essentiel. Pour cela il faut pouvoir s’appuyer sur la confiance de ses équipes.

Un projet commence d’abord par un devis et le respect d’un budget. S’adapter à un budget est essentiel tant dans le résultat final que dans la relation client. Suivre une enveloppe budgétaire est un moyen de diriger ses choix créatifs, le choix de ses matériaux… D’ailleurs, proposer ses premières idées créatives et savoir écouter les retours ou le ressenti d’un client est crucial pour la suite du projet. Écouter c’est comprendre. Comprendre les envies, les besoins et donc être pertinent et juste dans sa réponse d’architecte. Je trouve qu’il y une grande part de sociologie et de rapports humains dans l’architecture. Ca n’est pas seulement une question de formes et de couleurs. On entre souvent dans l’intimité et la vie des gens pour leur apporter des solutions et leur proposer une manière de vivre. Mais tout passe par l’écoute et l’échange. On dessine avant tout pour les autres et non pas pour satisfaire son égo créatif. La phase de suivi de chantier est une autre manière de concevoir les rapports humains. Car un chantier est souvent source de stress. Il y a des imprévus, des découvertes auxquelles il faut faire face et rebondir pour trouver une solution à tout problème. Il faut donc savoir rassurer, conseiller. Un projet réussi est un projet qui répond au besoin et aux envies d’un client.

Un autre point très important, c’est de savoir proposer des idées nouvelles. Trop souvent, en visitant différents sites qui présentent des projets d’architecture, on constate une uniformité dans les couleurs, les matériaux, le mobilier… Bien sur qu’il y a des tendances, mais cela ne doit pas devenir un automatisme chez les architectes qui dupliquent ce qui existe déjà. Cela me désole et j’essai dans mes projets de prendre du recul, de me différencier en osant des choses peu communes. Je n’aime pas reproduire un schéma, faire du copier coller. Là n’est pas l’intérêt de notre métier. Nous sommes là pour faire évoluer les choses, trouver de nouvelles solutions et faire évoluer la conception des espaces quels qu’ils soient. Ce n’est que comme ça que l’on peut se réinventer et développer son travail. C’est également comme ça que l’on peut séduire ses clients et comprendre les envies de son interlocuteur. Ce qui est intéressant c’est de pouvoir se remettre en question à chaque nouveau chantier, challenger ses idées et savoir « prendre des risques ».               

Crédit Photo Anthony Lanneretonne

 Ambition

Quelle rénovation vous tenterait le plus : hôtel particulier, retail ou villa en bord de mer ?

Le plus stimulant pour vous au cours d’un projet ?

Comment conciliez vous votre empreinte personnelle et l’unicité de chaque lieu investi ?

Pour en revenir à l’influence méditerranéenne, le projet de mes rêves se trouve sans doute en bord mer. Une villa isolée dans une calanque inaccessible de catalogne par exemple. Cachée dans les roches, abritée par des pins, un ponton avec un hors bord amarré… Sur ce modèle, la villa E1027 de Eileen Gray est pour moi la référence. D’un point de vue commercial (retail), un projet qui m’a toujours inspiré serai une plage. J’adorerai pouvoir dessiner une structure démontable,  qui se fond dans le décor pour proposer un accès à la mer et un restaurant ouvert sur l’horizon.  

Il y a différentes phases plus ou moins stimulantes. Celle des premiers croquis est sans doute la plus grisante. Sous la pointe du crayon se dessinent les premières lignes du projet. Le chantier l’est tout autant car il permet de passer du concept à la réalité. C’est aussi une phase importante car il faut savoir convertir une idée en une réalité technique et budgétaire.

L’unicité du lieu doit être le point de départ. On ne peut pas arriver avec ses idées sans tenir compte du contexte. Il peut être divers : géographique, urbain, époque, histoire, ancien propriétaire… Il faut pouvoir l’identifier et jauger son niveau d’importance dans le projet. Parfois il n’est pas intéressant mais il y a toujours quelque chose qui peut l’être et devenir le point de départ ou la contrainte. J’essai de faire en sorte que ce soit un point de départ et une inspiration. Cela permet d’ancrer le projet dans un contexte et une histoire qui apporte de la richesse à l’ensemble. 

Mais encore une fois, je le disais plus tôt, c’est l’écoute et le dialogue qui doivent être au centre du projet ! Il faut savoir s’effacer derrière un projet pour qu’un client puisse se l’approprier et s’y projeter. S’effacer oui, mais j’aime pouvoir apporter dans chacun de mes projets une touche personnelle qui « signe » mon travail. Je n’aime pas considérer l’architecte comme un exécutant au service de ses clients mais plutôt comme un conseiller force de proposition.  

 

Crédit Photo Anthony Lanneretonne

Inspiration

Quel architecte d’intérieur, ou architecte tout court vous inspire le plus ? Et pour quelle raison

Le Corbusier a toujours été un fil conducteur, dans sa manière de placer l’homme et le corps au centre de sa conception notamment avec le modulor. Pour citer une agence beaucoup moins commune, je suis très intéressé par le travail de Cigüe. Les matériaux et leurs caractéristiques brutes sont au cœur de leur approche. J’aime leur neutralité qui est justement portée par les matériaux eux mêmes. Ils interviennent sur différentes typologies de projets que ce soit le retail, l’habitat, le tertiaire… 

 

Réalisation

De quelle réalisation êtes-vous le plus fier ?

J’ai travaillé 5 ans dans une agence d’envergure nationale ce qui m’a permit d’apprendre, de développer mon réseau et de travailler sur tout type de projets. Aujourd’hui, je me consacre pleinement à ma propre agence. Depuis tout jeune, j’ai voulu mener mes projets et construire une agence. L’architecture est pour moi une véritable passion. Je ne vois pas de frontière entre ma vie et mon travail. C’est un tout qui m’habite sans interruption. On peut trouver une idée au détour d’une ballade, lors d’un voyage. Je suis pleinement engagé dans mes projets, ils occupent tout mon esprit. Lorsque que je dessine, je perds parfois la notion de temps, absorbé par ce que je fais, et j’adore ça ! Je suis très fier du projet pour lequel nous nous rencontrons aujourd’hui, ce studio de 17m2 sur l’ile saint louis. Je pense qu’il sera important pour mes futures réalisations.   

 

Projet

Quel est votre prochain projet ?

Actuellement, je travail sur plusieurs projets d’appartement. Le premier est un grand appartement dans le VIIIème arrondissement. Il s’agit du dernier étage, plateau entier de 120m2 d’un immeuble Haussmannien. Le second, place Monge, fait lui 35m2 et est également au dernier étage. Enfin, aux Batignolles, je démarre la restructuration complète d’un appartement de 80m2. Je suis également en train de définir le concept architectural d’une jeune créatrice de bijoux. Enfin, à Marseille, je rénove un loft en plein centre ville. Il s’agit de l’appartement d’un photographe qui est aussi sont lieu de vie. Les proportions sont immenses. 400m2 au sol, 13m de hauteur sous plafond, 2 mezzanines. J’aime passer d’un projet à un autre. D’un studio de 17m2 à un loft de 400m2. Finalement, je pense qu’entre la réhabilitation d’une immense usine désaffectée et un petit studio, ma vision reste la même, s’adapter au lieu dans le but de le rendre le plus agréable et logique possible.

 

Photos : Antony Lanneretonne Photography

Site Anthony Lanneretonne

Pour contacter Thomas :

Thomas Housinger

 Pour trouver la perle rare puis contacter Thomas :

Agence Les Enfants Rouges

Interview : nathalie pour SEARCHMYHOMEINPARIS